Le fait
Les passages de tankers par le détroit d'Ormuz ont atteint en juin leur plus haut niveau depuis dix-huit mois, selon les données de suivi maritime compilées par les principales plateformes de fret. Près de 21 millions de barils de brut et de condensats y transitent désormais chaque jour, soit un cinquième de la consommation mondiale.
Dans le même temps, les primes d'assurance sur les cargaisons transitant par le Golfe ont doublé depuis le début de l'année. Les affréteurs répercutent cette hausse sur les taux spot, qui ont gagné près de 40 % sur la liaison Ras Tanura-Rotterdam. Plusieurs armateurs japonais et grecs ont réduit leurs rotations dans la zone, préférant immobiliser une partie de leur flotte plutôt que d'assumer le risque.
Le contexte
Le détroit d'Ormuz relie le golfe Persique au golfe d'Oman et, au-delà, à l'océan Indien. À son point le plus resserré, entre la péninsule de Musandam et l'île iranienne de Larak, la voie navigable mesure 39 kilomètres, mais les couloirs de navigation effectifs ne font que trois kilomètres de large dans chaque sens, séparés par une zone tampon de trois kilomètres.
L'Arabie saoudite, les Émirats arabes unis, le Koweït, l'Irak, le Qatar et l'Iran en dépendent pour l'essentiel de leurs exportations d'hydrocarbures. Le Qatar y fait passer la quasi-totalité de son gaz naturel liquéfié, dont l'Europe est devenue structurellement dépendante depuis 2022.
Pays | Volumes via Ormuz (Mb/j) | Part des exportations |
|---|---|---|
Arabie saoudite | 6,3 | 85 % |
Irak | 3,4 | 97 % |
Émirats arabes unis | 2,9 | 70 % |
Koweït | 1,9 | 100 % |
Iran | 1,6 | 100 % |
Pourquoi ça compte
Aucune route alternative ne peut absorber les volumes d'Ormuz. L'oléoduc Est-Ouest saoudien, qui relie les champs de l'Est au terminal de Yanbu sur la mer Rouge, plafonne à 5 millions de barils par jour et fonctionne déjà à plus de la moitié de sa capacité. Le pipeline ADCO émirati vers Fujairah, seul débouché contournant physiquement le détroit, sature à 1,8 million de barils.
En cumulant toutes les capacités de contournement existantes, moins d'un tiers des flux quotidiens du détroit pourrait être réacheminé. Toute fermeture, même partielle et même brève, se répercuterait sur le Brent en quelques heures : les modèles des grandes banques évoquent un baril entre 120 et 150 dollars en cas d'interruption d'une semaine.
À surveiller
La réunion de l'OPEP+ de septembre, où Riyad devra arbitrer entre défense des prix et reconquête de parts de marché. L'évolution du dispositif naval international, alors que deux groupes aéronavals croisent actuellement en mer d'Arabie. Et la montée en capacité réelle des routes de contournement annoncées par Abou Dhabi, dont la mise en service a déjà été repoussée deux fois.

